La dernière réunion de quartier du programme JAFA s'est tenue le 15 février 2012, section Belair, à Capesterre Belle-Eau. L'équipe JAFA vous informera dès que possible des date et lieu de la prochaine réunion de quartier. Espérant vous y voir nombreux...
La phase d’enquêteet de diagnostic des jardins familiaux se poursuit. Les enquêteurs JAFA se trouvent actuel-lement sur la commune de Capesterre Belle-Eau.
Après avoir été présente lors de tous les "Vandrèdi Lyannaj" de l'année 2011 organisés par la commune de Trois-Rivières, à l'occasion desquels étaient présentées des recommandations permettant au quotidien de limiter son exposition à la chlordécone tout en continuant à cultiver son jardin et à manger ses récoltes, L'équipe JAFA travaille actuellement à l'organisation de prochaines animations grand public pour l'année 2012... L'équipe JAFA organise aussi des animations "Jardin Pilote JAFA". Ces animations, destinées aux foyers identifiés comme exposés à la chlordécone suite à l’enquête et au diagnostic de leur jardin, proposent des ateliers pratiques pour apprendre à réduire son exposition à la chlordécone.
- Qu’est-ce que la chlordécone ?
- Quels sont les effets de la chlordécone sur la santé ?
- Qu'est ce qu'une limite tolérable d’exposition ?
- Comment est on aujourd’hui exposé à la chlordécone ?
- Le lait maternel est-il contaminé et représente-t-il un risque pour le nourrisson ?
- Comment évalue-t-on l’« exposition alimentaire d’une population » ?
- Quelles sont les principales denrées vecteurs de chlordécone ?
- Comment peut-on aujourd’hui se protéger ?
- Pourquoi faire des recommandations particulières pour les personnes qui consomment les produits de leur jardin (autoconsommation) ?
- Peut-on éliminer la chlordécone des aliments ?
La chlordécone est une molécule de la famille des organochlorées. Cette molécule est la matière active d’un insecticide qui a été employé dans le passé afin de lutter, entre autres, contre le charançon du bananier dans les Antilles françaises. Cette substance est très stable dans l'environnement et ne s’y dégrade pas naturellement.
En Martinique et en Guadeloupe, l’utilisation de préparations à base de chlordécone est interdite depuis 1993. Ainsi, les sols actuellement identifiés comme pollués étaient à l'origine des terres de cultures bananières qui, au fil du temps, ont pu être rendues à la culture vivrière, voire urbanisées.
Du fait de sa persistance, la chlordécone est toujours présente dans les sols et eaux des Antilles françaises, et par voie de conséquence, peut se retrouver dans certains produits alimentaires d’origine végétale et animale.
Aux Etats-Unis, dans les années 1970, des travailleurs américains d’une usine de fabrication de chlordécone, exposés à de fortes doses (exposition aigüe), principalement par contact, et pendant une longue période, ont manifesté des troubles neurologiques (tremblements, irritabilité, troubles visuels et céphalées), des signes d’hépatotoxicité (effets sur le foie) et des modifications de la spermatogenèse.
Chez l’animal de laboratoire, il est observé des atteintes rénales (néphrotoxicité) et des effets sur la reproduction dont notamment une dégradation de la spermatogenèse. La chlordécone est cancérogène chez l’animal provoquant des tumeurs du foie, ce qui a conduit le Centre International de Recherche contre le Cancer à considérer le chlordécone comme « cancérogène possible » pour l’homme.
Ces effets ont cependant été observés à des doses nettement plus élevées que celles auxquelles les populations des Antilles sont actuellement exposées à travers leur alimentation (exposition chronique).
Les teneurs de chlordécone mesurées dans le sang de la population antillaise, chez les hommes (étude sur la fertilité masculine et étude Karuprostate menées en Guadeloupe par l’INSERM) et les femmes enceintes et leurs enfants (étude HIBISCUS menée en Guadeloupe par l’INSERM), sont le reflet de l’exposition présente et passée et sont très inférieures aux niveaux associés aux effets observés sur les travailleurs américains (exposition aigüe).
Concernant les effets cancérogènes potentiels chez l’homme, l’étude « cas - témoin » Karuprostate menée par l’INSERM en Guadeloupe, a mis en avant, chez la population antillaise, différents facteurs déterminants du cancer de la prostate parmi lesquels : la résidence dans un pays industrialisé, les antécédents familiaux, les facteurs génétiques mais également, le niveau d’exposition à la chlordécone.
Concernant les effets potentiels de la chlordécone sur le développement intra-utérin et postnatal de l’enfant, une étude de cohorte mère - enfant menée par l’INSERM en Guadeloupe (étude TIMOUN) a, notamment, pour objectif d’évaluer l’impact d’une exposition pré- et péri-natale à la chlordécone sur le développement de l’enfant.
Une limite tolérable d’exposition, fixée le plus souvent à partir d'effets toxiques observés chez l'animal de laboratoire, est la quantité d'un contaminant que les experts estiment pouvoir être consommée sans que l'on puisse craindre d’effets néfastes pour la santé humaine.
Cette limite tolérable d’exposition peut être estimée soit à l’échelle de la vie entière, on parle alors de limite tolérable d'exposition répétée chronique ; soit dans un laps de temps plus court, une journée par exemple, on parle alors de limite tolérable d'exposition aiguë. Cette dernière limite est toujours plus élevée que la limite d'exposition chronique.
Ces limites sont fixées en se fondant sur les effets apparaissant aux niveaux les plus faibles. Elles intègrent également des marges de sécurité prenant en compte le degré d’incertitude scientifique. Ainsi, les toxicologues s’accordent sur le fait que pour des toxiques à effets chroniques, une exposition supérieure à la limite tolérable d’exposition chronique pendant de courtes périodes de la vie d’un individu n’induit pas nécessairement un risque significatif pour la santé des personnes.
L’exposition est la dose à laquelle une personne entre en contact avec un contaminant. Il peut exister différentes voies d’exposition à une substance : par contact direct avec la molécule, par inhalation ou par l’alimentation à travers la consommation d’aliments et/ou d’eau contaminés.
La chlordécone n’étant plus utilisée depuis plusieurs années et ne s’évaporant pas, la principale voie d’exposition de la population, en raison de sa persistance dans les sols, est l’alimentation.
Aujourd’hui, les produits végétaux les plus concernés par cette contamination à la chlordécone sont les légumes racines [igname, chou caraïbe (malanga), dachine (madère), patate douce, dictame, gingembre, curcuma, oignon, poireau, carotte, etc…], la contamination de ces produits végétaux se faisant par migration directe et passive de la chlordécone du sol vers la racine.
Certains fruits et légumes appartenant à la famille des cucurbitacées (concombre, giraumon, melon, pastèque, etc…) peuvent aussi être contaminés. La contamination de ces fruits et légumes est d’autant plus marquée s’ils sont proches des racines de la plante ou s’ils sont en contact avec le sol.
Toutefois, les niveaux de contaminations mesurés dans ces fruits et légumes sont bien plus faibles que ceux observés chez les légumes racines.
Les produits animaux peuvent également être contaminés, en particulier certains poissons, crustacées et mollusques provenant des eaux marines ou des eaux douces.
Enfin, l'eau de boisson peut contribuer à cette exposition, si elle provient d'une source contaminée et si elle n’a pas été traitée (par l’utilisation de filtres à charbon actif) avant mise à disposition à la population.
Dans le cadre de l’étude HIBISCUS, menée par l’INSERM, la chlordécone a été mesurée dans une centaine d’échantillons de lait maternel. Les niveaux mesurés (chlordécone détectée dans 40% des échantillons) ont été analysés par la même méthode que celle de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) dans son programme pour l’évaluation de l’exposition du nourrisson aux Polluants Organiques à travers le lait maternel. A Ainsi, les niveaux ne sont pas de nature à induire une exposition dépassant la limite tolérable pour le nourrisson.
topOn parle d’exposition alimentaire pour qualifier la dose apportée par les aliments et l’eau de boisson.
L'exposition alimentaire est donc estimée à partir des données de consommation et de contamination des aliments :
• Les études ESCAL (Martinique) et CALBAS (Guadeloupe) réalisées en 2004 et 2005 par la Cire Antilles-Guyane avec un soutien méthodologique de l’AFSSA, auprès de quelques 2650 individus âgés de plus de 3 ans renseignent sur les habitudes de consommation et d’approvisionnement de la population martiniquaise et de la population de la région de Basse-Terre en Guadeloupe.
Les enquêtes RESO Martinique et Guadeloupe, réalisées entre 2005 et 2007 par la Cire Antilles Guyane, l’AFSSA et la Direction de la Santé et du Développement Social de Guadeloupe renseignent sur les niveaux de contamination des aliments disponibles dans les circuits de distribution antillais, à travers le dosage de chlordécone dans quelques 1600 échantillons.
L’exposition alimentaire est évaluée selon la méthodologie internationale préconisée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Au regard des données disponibles, différents scénarios sont envisagés afin de prendre en compte les différents modes de vie et de consommation : enfants, adultes, personnes cultivant un potager…
L’exposition alimentaire est analysée sous deux angles :
• l’exposition chronique, destinée à refléter le niveau moyen de chlordécone apporté par les aliments, niveau auquel est exposé chaque individu tout au long de la vie.
Elle est rapportée au poids corporel de l’individu, afin d’être comparée à la limite tolérable d’exposition chronique.
• l’exposition aiguë, destinée à refléter un niveau élevé de chlordécone apporté par un aliment exceptionnellement contaminé, niveau auquel pourrait être exposé un individu un jour donné.
Elle est également rapportée au poids corporel de l’individu, afin d’être comparée à la limite tolérable d’exposition aiguë.
Les différents scénarios d'exposition permettent de repérer les aliments qui, en raison de leur forte consommation et/ou de leur forte contamination, apporteraient le plus de chlordécone. Ces aliments sont appelés « aliments vecteurs » ou les « principaux contributeurs » à l'exposition.
Les aliments « principaux contributeurs » en consommation régulière sont le dachine (madère), la patate douce, l’igname, la carotte, le chou caraïbe (malanga), les produits d’eau douce, les produits de la mer et le concombre.
Parmi ceux-ci, les légumes racines et les produits de la mer sont identifiés en raison de leur forte contamination alors que le concombre l’est en raison de sa forte consommation.
Quatre aliments sont identifiés au regard du risque d’exposition aiguë : le dachine (madère), la patate douce, le chou caraïbe (malanga) et les produits d’eau douce.
Ce sont ces aliments vecteurs qui sont examinés plus finement pour proposer des limites maximales de contamination assurant la protection du consommateur.
Dans sa première étude réalisée en 2005 ², l’AFSSA avait formulé des recommandations provisoires visant à assurer la protection du consommateur .
Elle avait recommandé la fixation de limites maximales de contamination des aliments pour certains aliments identifiés comme les plus contributeurs sur la base des données disponibles : dachine, patate douce, igname, carotte, concombre, poulet, tomate, melon.
L’expertise complémentaire réalisée en 2007, s’appuyant notamment sur le recueil de près de 1600 nouvelles données de contamination de denrées telles que disponibles sur les marchés antillais, montre un niveau d’exposition en chlordécone plus faible que celui estimé en 2005 et confirme que les limites maximales qui avaient été préconisées par l’AFSSA sont bien protectrices pour le consommateur. L’AFSSA préconise cependant l’élargissement du seuil maximal de 50 microgrammes/kg de poids frais au chou caraïbe (malanga) et aux produits de la mer.
On peut donc continuer à consommer sans risque tous les aliments commercialisés car les limites maximales préconisées permettent à l’ensemble des consommateurs de ne pas dépasser les limites tolérables d’exposition.
Le contrôle des limites maximales fixées n’est applicable qu’aux produits commercialisés et non aux légumes issus des jardins.
C’est donc afin de protéger les personnes qui consommeraient leurs propres produits, cultivés sur des terrains contaminés par la chlordécone, et en l'attente d’une meilleure caractérisation de la situation, que l’AFSSA maintient ses recommandations provisoires de consommation : Pour les familles exploitant un jardin sur un sol contaminé, il est préconisé provisoirement de limiter la consommation de dachine (madère), patate douce et igname provenant du jardin à deux fois par semaine environ et de ne pas donner de dictame provenant du jardin aux enfants en bas âge.
Pour les denrées végétales et animales, il est impossible d’éliminer totalement la chlordécone contenue dans ces aliments.
En revanche, des travaux de recherche actuellement en cours ont déjà révélé que certaines parties des aliments que nous consommons sont plus contaminées que d’autres. C’est notamment le cas de la peau et du cortex des légumes racines. Ainsi, un lavage actif avant et après l’épluchage gras (épluchures de 5mm d’épaisseur) des légumes racines peuvent contribuer à réduire significativement la dose apportée par la consommation de ces légumes.
Cependant, aucune méthode n’existant pour éliminer totalement la chlordécone contenue dans un aliment, il est donc important de contrôler la mise sur le marché des denrées alimentaires et de soustraire de la consommation ceux qui dépasseraient les limites maximales fixées. Ces limites maximales doivent être cohérentes avec les connaissances scientifiques sur la toxicité de la chlordécone. C’est cette cohérence qui permet d’affirmer que, dans les limites des connaissances scientifiques disponibles, la consommation d’aliments respectant ces limites maximales ne présente pas de risque pour la santé.
Pour l'eau, les traitements au charbon actif mis en place dans les stations de traitement et de distribution de l'eau destinée aux consommateurs permettent d'éliminer un certain nombre de contaminants chimiques dont la chlordécone.